Brève 3 : Hcéres / Direction du département d’évaluation des établissements par intérim, la goutte qui fait déborder le vase…

Le nouveau directeur du département d’évaluation des établissements (DEE) du Hcéres, Abdelaziz Mouline, vient de démissionner, après seulement quelques semaines d’activité.

Les raisons de cette démission n’ont pas été explicitées mais les compétences dans le domaine de l’assurance qualité de A. Mouline ne pouvant pas constituer un motif potentiel, on imagine facilement que cette démission puisse être liée à la problématique des missions des départements, que j’évoquais dans mon article 4 du 13 avril.

Le site internet du Hcéres annonce une direction par interim du département DEE assurée par P. Glaudes actuellement directeur du département d’évaluation de la recherche (DER). Cette décision constitue, à mes yeux, une véritable provocation vis-à-vis des travaux réalisés ces dernières années dans le domaine de l’évaluation institutionnelle, au sein du DEE et en partenariat avec les établissements dans l’objectif d’une évaluation mettant progressivement en responsabilité les établissements et s’engageant vers les formes les plus avancées de l’évaluation institutionnelle au niveau international.

Comme je l’indiquais dans la brève du 22 mars, P. Glaudes, en poste depuis 2012, est dans une situation qui ne respecte pas le décret d’organisation du Hcéres définissant une durée des mandats des directeurs limitée à deux périodes de 4 ans. Contrairement aux précédents directeurs du DEE, il n’a exercé aucune responsabilité institutionnelle majeure, et ses différents mandats à la direction du département d’évaluation de la recherche ont été marqués par de nombreuses contestations des chercheurs. Alors ce n’est qu’un intérim, certes, mais un intérim durant lequel seront justement décidées les orientations méthodologiques (et philosophiques) de l’évaluation institutionnelle à venir, puisque les référentiels de la vague C sont à produire d’ici à cet été. Comment ne pas réagir quand ces évolutions seront conduites par un collègue qui a déclaré publiquement « qu’il ne croyait pas en l’assurance qualité » lors du dernier colloque organisé par le précédent président du Hcéres?

Sans trahir des dimensions de la vie interne du Hcéres ces dernières années, la simple lecture des documents méthodologiques des différents départements, des référentiels et des rapports produits permet de constater qu’il n’y a pas de philosophie partagée de l’évaluation entre les trois départements en charge des établissements, des formations et de la recherche.

L’approche portée par le département DER est quasiment exclusivement centrée sur l’appréciation des produits de la recherche de chaque unité évaluée. Les rapports enfoncent la plupart du temps des portent ouvertes, en livrant des avis sans relief qui se limitent à l’appréciation de la qualité et du volume des publications scientifiques. Ces rapports permettent aux communautés de vérifier ce qu’elles savent déjà largement : les bonnes unités reçoivent des appréciations positives et les moins bonnes des invitations à progresser…. Quant aux équipes de direction des unités, il suffit d’avoir appartenu à une unité un peu organisée pour savoir qu’elles n’attendent rien des évaluations recherche du Hcéres, la seule crainte étant que le comité ne couvre pas l’ensemble du champ disciplinaire de l’unité et soit en difficulté pour apprécier la totalité de la production scientifique. Les unités de recherche et leur établissement d’appartenance méritent mieux qu’un banal inventaire d’apothicaire des produits de la recherche, alors qu’il y a des besoins importants d’analyse dans le domaine du pilotage de la recherche et dans les nombreuses problématiques de la vie interne des unités.

Comment T. Coulhon, président du Hcéres, ancien président d’université et vice-président de la CPU,  peut-il prendre une telle décision ? Il déclare vouloir donner une nouvelle impulsion aux pratiques de l’évaluation, pourquoi pas, mais le renouvellement incomplet des directions de département avec, surtout, le maintien d’un directeur porteur d’une philosophie de l’évaluation largement datée et sans plus-value constitue une erreur d’appréciation incompréhensible. Quelle est la logique de cette affectation, même temporaire, à un moment important pour les orientations de l’évaluation institutionnelle du Hcéres ? Où sont les compétences qui la justifie ? Comment une autorité administrative indépendante portant le cadre national de l’évaluation de notre ESR peut-elle s’engager dans de tels errements au risque de donner, une fois de plus, du crédit aux nombreux détracteurs de l’évaluation ?  

Je ne pensais pas avoir à rédiger une telle note dans ce blog qui se veut constructif, mais je suis en colère et je crains fort que ce qui est engagé au Hcéres soit plus proche d’une destruction particulièrement néfaste aux établissements que d’une démarche de progrès…

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