Brève 12 : Une nouvelle ministre de l’enseignement supérieur pour une nouvelle approche de l’assurance qualité ?

Sylvie Retailleau, nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, vient de prendre ses fonctions et annonce qu’elle revendique « une vision de long terme » pour le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche. Notre ESR a effectivement besoin de travailler dans la durée et de sortir de l’agitation permanente des lois à répétition et des appels à projets stratégiques impactant son organisation. Il est nécessaire de donner du temps et plus de sens aux engagements stratégiques des établissements, notamment dans le cas des regroupements et recompositions. Toutes les coopérations entre établissements dans les espaces régionaux, même celles qui ne conduisent pas à l’émergence de grands établissements, ont de l’intérêt à condition qu’elles démontrent une réelle plus-value. Notre ESR a besoin de toutes ses forces, grands comme petits établissements, pour tenir sa place dans la compétition internationale et l’émergence de quelques établissements phares est nécessaire mais pas suffisante pour relever ce défi. Je ne doute pas que notre nouvelle ministre, avec son expérience passée, ait compris, qu’après cette grande période de réflexion et de structuration stratégiques, notre ESR ait besoin de trouver plus de stabilité pour produire des résultats dans la durée.

Au-delà des grandes opérations de structuration des établissements, c’est surtout d’une dynamique collective interne dont ces derniers auront besoin pour que chacun trouve une efficacité maximale de ses activités afin de passer des projets aux résultats. Bien évidemment, les établissements ont besoin de moyens supplémentaires mais ils ont également besoin de trouver de nouveaux ressorts au niveau de leur gouvernance et de leur pilotage pour mobiliser toutes leurs forces au service d’un même projet global.

Cette période peut être une belle occasion de mieux comprendre et utiliser les leviers politiques que peut offrir l’assurance qualité pour la conduite d’un projet collectif et la mise en place de modes de gouvernance et de pilotage adaptés aux spécificités de l’ESR. Un ministère, renouvelé dans ses approches, pourrait y jouer un rôle majeur en contribuant au développement de politiques de la qualité dans les établissements, notamment dans le cadre de la contractualisation.

Cette période pourrait permettre également de réviser en profondeur la philosophie de l’évaluation pour réellement alléger la charge de travail induite pour les établissements et poser les bases d’une évaluation plus exigeante pour des établissements responsables, et plus en phase avec leur autonomie.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le proposer (cf article 10), l’évaluation pourrait être réellement simplifiée en n’évaluant pas l’ensemble des unités de recherche et des formations. L’évaluation des établissements pourrait faire également l’objet d’une refondation en focalisant l’analyse des évaluateurs sur trois questions essentielles : l’établissement a-t-il une stratégie clairement identifiée ? , l’établissement a-t-il mis en œuvre des actions concrètes en lien avec sa stratégie ? , Quels sont les résultats qui en découlent ? Nous pourrions avoir ainsi une mise en responsabilité majeure des établissements sur leur capacité à démontrer l’efficacité de leur action, les évaluations d’une petite sélection d’unités de recherche et de formations permettant de vérifier sur le terrain la réalité des progrès de l’établissement.

Pour accompagner une vision de long terme, il est nécessaire d’avoir des investissements de long terme. Nous devons sortir de l’impasse d’une évaluation contraignante et centrée sur l’analyse des produits, qui n’apporte pas de plus-value significative. Madame la ministre a l’opportunité de mettre en œuvre un vrai changement de culture de l’assurance qualité et de l’évaluation, et ces quelques propositions peuvent permettre d’en faire des outils à la fois exigeants et vraiment utiles pour le développement de la performance de notre ESR.

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