Brève 8 : Nouveau directeur du département d’évaluation des établissements : Un discrédit total pour la direction du Hcéres qui pénalise lourdement l’image du Haut Conseil

Après cette coupure estivale, il m’est difficile de reprendre l’activité de ce blog sans commencer par réagir à la nomination, au 1er novembre prochain, de Pierre Glaudes à la direction du département d’évaluation des établissements (DEE) du Hcéres. Cette nomination a été proposée fin juillet par le président T. Coulhon et validée par le Collège du Hcéres. Cette évolution de l’organigramme du Hcéres fait suite à la démission fin avril 2021 de Abdelaziz Mouline , ce qui avait conduit à un intérim de P. Glaudes à la direction de ce département. Rappelons que P. Glaudes  était, depuis 2012, directeur du département d’évaluation de la recherche (DER).

J’avais déjà fortement réagi à l’intérim de P. Glaudes dans la brève 3 de ce blog. Sans revenir dans le détail de mon argumentaire, la confirmation de cette direction me parait scandaleuse pour deux raisons principales.

Cette nomination apparait comme un véritable « sauvetage » de P. Gaudes dont la durée de la fonction de directeur du DER dépassait la limite autorisée par les statuts du Hcéres, ce qui avait fait l’objet de diverses contestations notamment du site Académia.  Alors que le président du Hcéres semblait vouloir procéder à un renouvellement massif des directions de départements, argumentant le besoin de nouvelles orientations, Pierre Glaudes avait été le seul directeur maintenu à la direction du DER malgré un bilan pour le moins négatif (cf infra). Il est maintenant affecté à la direction du DEE alors qu’il ne dispose d’aucune expérience en matière de gouvernance d’établissement, élément fondamental pour l’élaboration des méthodes d’évaluation institutionnelle qui seront désormais sous sa responsabilité. Cette obstination à maintenir en fonction de direction P. Glaudes interroge au niveau de la cohérence, à moins qu’elle ne soit guidée par des logiques externes au Hcéres….

Cette nomination est en totale contradiction avec les annonces du président du Hcéres d’un projet d’amélioration des approches des différentes évaluations réalisées par le Hcéres et de l’organisation de leur articulation.  Dans ce contexte on ne peut qu’être dubitatif devant le maintien de Pierre Glaudes, car les principales critiques adressées par la communauté au Hcéres portent sur l’évaluation de la recherche dont il a assumé la responsabilité pendant près de dix ans. Pierre Glaudes est d’ailleurs tout à fait conscient de la médiocrité de son bilan à la tête du DER comme en témoigne l’extrait suivant du compte rendu de la séance du Collège du 1er mars 2021: « Concernant  la  mission  d’évaluation  de  la  recherche,  Pierre  GLAUDES  rappelle  que  la nature de l’aide apportée par le Hcéres à ses interlocuteurs diffère selon leur position. Or cette aide ne répond pas pleinement aux attentes des interlocuteurs : l’évaluation est jugée trop lourde et trop complexe, les rapports d’évaluation trop longs et peu lisibles, la difficulté à faire le lien entre les résultats de la recherche et les moyens mis en œuvre est mise en avant. ».

Comment dans ces conditions imaginer que le bilan sera plus positif à la tête du département DEE avec une inexpérience totale en matière de gouvernance institutionnelle, très loin des exigences de la fiche de poste du recrutement, et même des positions qui ont montré à plusieurs reprises une forme de déni du rôle des gouvernances d’établissements notamment dans le pilotage de la recherche. Voilà un message très négatif donné à la CPU et la CDEFI en contradiction flagrante avec les attentes d’une évaluation institutionnelle pleinement en phase avec les enjeux actuels de la gouvernance d’établissements autonomes et stratèges….

Au-delà des problèmes de compétences, cette nomination pose un problème majeur d’éthique et de déontologie. Comment le président du Hcéres peut il justifier ce tour de passe passe qui ne trompe personne et qui a manifestement comme seul objectif de « réinitialiser » le mandat de P. Glaudes au sein du Hcéres ? Y a-t-il eu une audition de P. Glaudes devant une commission compétente ? Quels sont les critères de recrutement qui ont été utilisés pour aboutir au choix d’un candidat au profil aussi éloigné de celui que l’on est en droit d’attendre pour une telle fonction ?

Comment ne pas s’interroger sur le fonctionnement et le rôle du collège qui a validé un tel processus et une telle candidature à une large majorité (19 voix pour, 4 contre et une abstention) ? Y a-t-il un défaut d’information des membres du collège, un manque de vigilance de ces derniers ou un problème de pilotage de cette instance ?

Enfin, comment accepter de telles pratiques dans une institution hébergeant le Conseil français de l’intégrité scientifique (COFIS) ?  C’est à se demander à quoi sert ce dernier s’il ne peut être le garant du fonctionnement même de l’institution qui l’abrite…

A mes yeux, cette nomination jette un discrédit majeur à l’ensemble de la gouvernance du Hcéres et pénalise lourdement l’image globale de cette autorité indépendante qui devrait être, normalement, une référence pour l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

 

Une réponse à “Brève 8 : Nouveau directeur du département d’évaluation des établissements : Un discrédit total pour la direction du Hcéres qui pénalise lourdement l’image du Haut Conseil”

  1. Je ne peux qu’adhérer à cette analyse et à la réaction suscitée par cette nomination. Je connais bien le nouveau directeur de ce département pour avoir essayé de travailler en bonne intelligence avec lui lors de mes engagements au Hcéres. Force m’a été de constater, à mes dépens mais surtout aux dépens de la communauté universitaire, son manque de volonté de travailler en interaction avec les autres départements et son peu d’intérêt à ce qui ne relevait pas de la recherche. Effectivement, je crains que l’évaluation des établissements n’en souffre! Je ne pense pas que ce soit un manque de lucidité de la part des membres du collège, ou un manque d’information, qui aient permis cette nomination, mais bien des manoeuvres politiciennes..ou autres… à l’instar de la nomination du président du Hcéres. C’est bien dommage pour nos collègues universitaires qui sont en droit d’attendre autre chose de l’évaluation. Indépendance, c’est bien le maître mot de cette noble instance, non? On en est bien loin.

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