Le blog EsrAq s’est attaché depuis 2021 à suivre les transformations des méthodes d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), notamment dans le cadre du Hcéres. Une cinquantaine d’articles et brèves ont été publiés durant ces six années d’activité.
Le blog EsrAq a porté une approche novatrice de l’évaluation, partie prenante d’une politique de garantie de la qualité conçue comme un outil politique majeur de la gouvernance des établissements.
C’est principalement au niveau de l’évaluation institutionnelle des établissements que le blog EsrAq a proposé une véritable révolution culturelle des pratiques et enjeux de l’évaluation, au service du développement, de l’autonomie et de la performance des universités et des écoles.
Durant ces six années, l’évaluation des établissements, des unités de recherche et des formations, a fait l’objet de nombreux débats et même de quelques crises, sans jamais réellement parvenir à trouver un consensus pour une transformation majeure des approches.
Le Hcéres, en charge de définir et de mettre en œuvre les méthodes d’évaluation, a engagé à maintes reprises des évolutions mais n’a pas su aller au-delà des clivages et des postures pour sortir d’une approche conventionnelle et datée de l’évaluation (cf articles 29 et 30). Si le Hcéres porte indéniablement une responsabilité dans cette incapacité à réformer en profondeur l’évaluation, cette responsabilité est partagée, car aucun des acteurs de notre ESR n’est parvenu à porter une vision novatrice de l’évaluation.
Le constat d’une absence de volonté partagée de transformation
Les différents acteurs de notre ESR ont largement contribué à cette absence de transformation de la philosophie de l’évaluation (article 29).
Le ministère ne parvient pas à sortir d’une vision centralisée et normative de l’évaluation. Il reste ancré sur une évaluation centrée sur une hypothétique mesure des productions et performances des établissements dans la perspective d’en faire un outil de régulation. Il n’a pas su dépasser ce stade pour placer l’évaluation au service du développement propre des établissements, pour leur permettre de démontrer leur efficience et surtout leur capacité à une plus grande autonomie d’organisation et de pilotage. Il règne également dans ce ministère, depuis longtemps, une incompréhension entretenue des ressorts potentiels d’une assurance qualité adaptée à l’ESR. Cette forte défiance vis-à-vis de l’assurance qualité n’est pas déconnectée d’une volonté farouche de la technostructure, véritable pilote du ministère, à maintenir un ESR administré « d’en haut ».
Les présidents d’universités et directeurs d’écoles, et plus largement, leurs instances représentatives (France Universités et la CDEFI) n’ont pas su porter une vision partagée de l’évaluation. Cette incapacité à s’émanciper d’une évaluation normative au service d’un processus de régulation centralisé, est révélatrice. Il est clair qu’une évaluation intégrée à une politique d’assurance qualité conçue comme un outil d’analyse de la maitrise, de l’efficacité et de l’efficience du pilotage des établissements, expose les équipes de direction. Certaines de ces équipes préfèrent s’abriter derrière un système de pilotage centralisé de l’Etat, garantissant le plus souvent les rentes de situation, plutôt que de franchir le cap d’une gouvernance modernisée et exigeante, à même de permettre l’accès à une plus grande autonomie et responsabilité. C’est regrettable. Paradoxalement, le contexte actuel de crises financières et politiques pourrait être une belle occasion de porter un nouveau modèle de gouvernance d’établissements plus autonomes et responsables et une nouvelle vision de l’évaluation, à même de garantir que l’investissement dans l’ESR n’est pas sans contreparties ni perspectives de modernisation. Mais il faudrait une véritable prise de conscience de ces enjeux et une véritable volonté politique commune aux acteurs et décideurs pour porter un tel mouvement. Force est de reconnaître que rien de tout cela n’est dans l’air du temps…
Le Hcéres a fait de multiples tentatives d’évolution de ses méthodes sans jamais parvenir à une réelle simplification, pourtant maintes fois demandée par les acteurs. Le Hcéres n’est pas parvenu non plus à se détacher d’une évaluation normative pour proposer aux établissements un outil en capacité de qualifier leur dynamique de progrès. Les évolutions proposées récemment marquent sans doute une volonté sincère de changement, mais elles ne portent aucun changement effectif de paradigme, ce qui ne permet pas d’envisager des progrès significatifs (cf article 30). Notons d’ailleurs que cette situation fait hélas courir le risque d’une suppression du Hcéres, souhaitée par certains, ce qui conduirait à une véritable régression de notre ESR. Car même imparfait, le Hcéres a au moins le mérite de faire de l’évaluation une étape importante et nécessaire de la vie de tous les acteurs de l’ESR.
Un arrêt programmé du site EsrAq
J’ai essayé, avec ce blog, d’apporter une contribution en m’appuyant sur ma double expérience de la gouvernance des universités et de la contribution à nos agences d’évaluation (Aeres puis Hcéres). Je crois avoir largement explicité, par les productions de ce blog, des pistes concrètes pour une véritable révolution de l’évaluation au service du développement des établissements.
Je peux comprendre que ces propositions soient peut-être trop novatrices, et qu’elles bousculent un système ESR toujours difficile à réformer, mais je regrette qu’à défaut de réformes immédiates, il n’y ait pas une prise de conscience de la nécessité d’un changement de paradigme pour sortir des errances de plus d’une décennie. Nous sommes donc condamnés à attendre encore une vraie révolution de la culture de l’évaluation et de l’assurance qualité, qui est pourtant urgente pour accompagner les transformations nécessaires de notre ESR dans un environnement de plus en plus complexe et concurrentiel.
Ce blog va donc être arrêté au début de l’année 2027. Je voudrais tout particulièrement remercier Annie Vinter, ancienne directrice du département d’évaluation des coordinations territoriales du Hcéres, pour son soutien permanent et sa participation active à l’ensemble des travaux de ce blog. Je remercie également chaleureusement tous ceux qui en ont suivi régulièrement la production et je reste disponible pour des échanges à l’adresse suivante : robert.fouquet@mailo.com